Douze participants ou trente : ce que la taille d'un atelier change au résultat
Pour écouter une présentation, douze ou trente ne change presque rien. Pour pratiquer sur ses propres dossiers et se faire corriger, tout change : sur deux heures de pratique, un formateur consacre dix minutes à chacun à douze, quatre à trente. Encore faut-il que le petit groupe travaille autrement que le grand. Mené comme un cours, il coûte plus cher et n'apporte guère plus.
Deux devis arrivent sur votre bureau. Le premier forme votre équipe par groupes de douze. Le second réunit trente personnes dans la même salle, pour un prix par tête plus bas. Trente, c'est une fois et demie une classe d'école suisse : l'Office fédéral de la statistique y compte un peu plus de 19 élèves en moyenne au primaire. Reste à savoir ce qu'on perd en route.
Une précision d'abord : nos ateliers comptent douze participants. Nous avons donc un parti pris. C'est une raison de plus pour regarder ce que la recherche a mesuré, y compris ce qui nous contredit. Autre limite : à notre connaissance, personne n'a comparé des ateliers d'IA de douze et de trente personnes. Les études qui suivent viennent de l'université, de l'école et de la formation médicale.
Ce que la recherche a mesuré
Le petit groupe a un avantage, puis la taille cesse de compter. Trois économistes, Oriana Bandiera, Valentino Larcinese et Imran Rasul, ont suivi les mêmes étudiants d'une université britannique dans des cours allant de moins de dix à plus de deux cents personnes. Leur étude, parue en 2010 dans The Economic Journal, trouve un effet négatif de la taille sur les notes. Mais cet effet n'est net qu'aux deux extrémités, dans les plus petits groupes et dans les plus grands. Entre les deux, sur une large plage de tailles, il est nul. On perd donc quelque chose en quittant le petit groupe, puis quelques personnes de plus ou de moins ne changent rien.
À dix, la discussion devient une suite de monologues. Nicolas Fay, Simon Garrod et Jean Carletta ont comparé des groupes de discussion de cinq et de dix personnes, dans une étude parue en 2000 dans Psychological Science. À cinq, l'échange ressemble à un dialogue : chacun est surtout influencé par ceux avec qui il a échangé. À dix, il ressemble à une série de monologues, et les membres sont surtout influencés par celui qui parle le plus. Dans une salle de formation, on reconnaît la scène : quelques-uns posent les questions, les autres écoutent.
La méthode pèse plus que le nombre, mais le nombre amplifie la méthode. Une synthèse de 225 études, publiée en 2014 dans la revue de l'Académie américaine des sciences, a comparé le cours magistral et l'apprentissage actif, celui où les étudiants pratiquent pendant le cours, dans des enseignements universitaires de sciences. Avec l'apprentissage actif, les résultats aux examens progressent de 0,47 écart-type. Dans un cours magistral, le risque d'échouer est une fois et demie plus élevé. L'effet se retrouve à toutes les tailles de classe, et il est le plus fort dans les classes de cinquante étudiants ou moins.
Un petit groupe mené comme un grand rapporte peu
La France en a fait l'expérience à grande échelle. À partir de 2017, les classes de CP des réseaux d'éducation prioritaire renforcés (REP+) ont été presque dédoublées : leur effectif moyen est passé de 21,6 à 13,1 élèves en un an. La DEPP, le service statistique du ministère de l'Éducation nationale, a publié son évaluation en 2021. En mathématiques, la part d'élèves en difficulté est passée de 21,4 % à l'entrée au CP à 15,9 % à la fin du CE1. En français, elle n'a pas bougé : 22,4 %, puis 22,3 %. La DEPP conclut avec prudence que la mesure « semble avoir eu un effet ». Elle relève un meilleur climat de classe et davantage d'échanges individuels, mais pas de changement majeur dans la manière d'enseigner.
Ce sont des enfants de six ans, pas des salariés. La leçon se transpose pourtant : diviser un groupe par deux sans changer ce qu'on y fait rapporte peu. Douze personnes qui écoutent un exposé en retirent à peu près ce qu'en retirent trente.
L'inverse se vérifie aussi : on peut partager un formateur sans y perdre, à condition de travailler. Une étude randomisée parue en 2022 dans Medical Education a formé 101 participants à l'échographie sur simulateur pendant deux heures, seuls ou par groupes de deux, trois ou quatre qui se relayaient à la sonde. La taille du groupe n'a pas changé le résultat au test qui suivait. À quatre, chacun manipule moins longtemps. Les auteurs supposent que les échanges entre participants compensent.
Le calcul que le devis ne montre pas
Ces études disent la même chose : la taille compte quand chacun doit être vu. C'est le cas d'une formation à l'IA. Comme nous l'écrivions dans notre article sur ce qui marche en formation, la compétence à construire est un jugement : savoir quoi confier à l'outil, et reconnaître une erreur dans son propre métier. Ce jugement se forme quand quelqu'un regarde votre travail et le corrige.
Prenons une séance de trois heures : une heure d'apport, deux heures de pratique, un formateur. Les 120 minutes de pratique se divisent par le nombre de participants. À douze, le formateur peut passer dix minutes sur le dossier de chacun. À trente, quatre minutes. Quatre minutes suffisent pour lire la consigne qu'un participant a écrite. Elles suffisent rarement pour relire la réponse de l'outil et y trouver l'erreur.
Le tour de table suit la même pente. À deux minutes de parole par personne, il prend 24 minutes à douze et une heure à trente, soit la moitié du temps de pratique. Ces chiffres ne sont pas une mesure, seulement une division. Refaites-la avec la durée et l'effectif de votre devis.
Reste le prix. À trente, le coût par tête baisse, c'est exact. Mais la facture du formateur n'est qu'une partie de la dépense. Dans notre calcul pour une entreprise de vingt personnes, le temps de travail des participants coûtait souvent autant que la formation elle-même. Ce temps coûte la même chose par personne à douze et à trente. Si chacun en retire moins, l'heure passée en salle revient plus cher, pas moins.
Quel format pour quel objectif
La bonne taille dépend de ce que vous attendez de la séance. Trente n'est pas toujours un mauvais choix.
| Ce que vous voulez obtenir | Format adapté | Pourquoi |
|---|---|---|
| Informer toute l'entreprise : règles, outils autorisés, données interdites | Trente et plus, en une séance | Quand on écoute, la taille du groupe pèse peu |
| Faire découvrir l'outil par des exercices guidés | Trente possible, en sous-groupes de trois ou quatre | L'apprentissage actif fonctionne à toutes les tailles |
| Débattre d'une règle ou trancher un choix | Moins de dix | À dix, la discussion tourne déjà au monologue |
| Construire un cas d'usage sur ses propres dossiers | Douze ou moins par formateur | Dix minutes de correction par personne, contre quatre à trente |
| Apprendre à repérer les erreurs de l'outil dans son métier | Douze ou moins, regroupés par métier | Une erreur se montre sur un vrai document, devant quelqu'un qui connaît le métier |
Si vous devez former trente personnes à la fois
- Séparez l'information de la pratique. Une séance plénière pour le cadre commun, par exemple la charte d'usage. Puis la pratique en groupes plus petits, à d'autres moments.
- Travaillez en sous-groupes de trois ou quatre, par métier. L'étude sur l'échographie ne montre aucune perte jusqu'à quatre. Au-delà, elle n'a rien mesuré.
- Ajoutez des correcteurs. Un second formateur, ou des collègues plus avancés à qui l'on confie un sous-groupe. Ce qui compte, c'est le nombre de participants par personne capable de corriger.
- Supprimez le tour de table. À trente, il coûte une heure. Une restitution par sous-groupe le remplace.
- Faites corriger entre les séances. Chacun envoie un travail fait sur ses dossiers, le formateur le renvoie annoté.
Les erreurs courantes
- Comparer deux devis au prix par tête. Comparez-les plutôt aux minutes de correction individuelle par participant.
- Payer un petit groupe pour recevoir un cours. Douze personnes devant trois heures de diapositives n'achètent rien de plus que trente. Demandez quelle part du temps se passe à pratiquer.
- Croire à un nombre magique. Aucune étude ne désigne douze plutôt que dix ou quinze. Nous avons retenu douze pour une raison pratique : le formateur doit pouvoir ouvrir le dossier de chaque participant à chaque séance.
À retenir. La taille d'un groupe compte peu quand on écoute et beaucoup quand on pratique. Le temps d'un formateur se divise : dix minutes par personne à douze, quatre à trente, sur deux heures de pratique. Mais un petit groupe ne vaut que par ce qu'on y fait. Avant de comparer les effectifs, comparez les minutes de correction individuelle.
Ce que vous pouvez faire cette semaine
Reprenez le devis de la formation que vous envisagez, ou le programme de la dernière. Posez trois questions à l'organisateur. Combien de minutes de pratique par séance ? Combien de personnes pour corriger ? Les exercices portent-ils sur nos documents ? Divisez ensuite les minutes de pratique par le nombre de participants par correcteur. Sous cinq minutes, vous achetez une conférence. Elle peut être utile, pas au prix d'un atelier.
Puis triez vos besoins en deux listes. Ce que tout le monde doit savoir se dit une fois, devant tout le monde. Ce que chacun doit savoir faire se travaille à douze ou moins, ou en sous-groupes de quatre avec quelqu'un pour corriger. Et relevez vos indicateurs avant la première séance : c'est ce qui vous dira, dans deux mois, si le format choisi était le bon.
Sources : Bandiera, Larcinese et Rasul, Heterogeneous Class Size Effects: New Evidence from a Panel of University Students, The Economic Journal, 2010 · Fay, Garrod et Carletta, Group Discussion as Interactive Dialogue or as Serial Monologue: The Influence of Group Size, Psychological Science, 2000 · Freeman et al., Active learning increases student performance in science, engineering, and mathematics, PNAS, 2014 · DEPP, évaluation de l'impact de la réduction de la taille des classes de CP et de CE1 en REP+, document de travail n° 2021-E04, 2021 · Pierre Merle, « Le dédoublement des classes de CP et CE1 : quel bilan ? », La Vie des idées, mai 2022 · Noerholk et al., Does group size matter during collaborative skills learning? A randomised study, Medical Education, 2022 · Office fédéral de la statistique, taille moyenne des classes de l'école obligatoire, année scolaire 2023-2024, chiffres repris par l'IRDP
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