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Entreprises · adoption

Pourquoi tant d'outils d'IA achetés en entreprise ne servent plus au bout de quelques mois

Un outil d'IA acheté n'est pas un outil utilisé. Les essais publics menés au Royaume-Uni et en Australie l'ont mesuré : un peu plus d'une action par jour par personne, des attentes déçues en quelques semaines, un usage qui suit la formation reçue. L'abandon vient rarement de l'outil. Il vient de ce qu'on a oublié d'acheter avec lui : une tâche précise, du temps pour apprendre, et quelqu'un qui regarde les chiffres.

Publié le · 8 min de lecture
Une rangée d'ordinateurs portables fermés sur un long bureau vide, un seul resté ouvert et allumé au bout de la rangée

Le scénario est courant. La direction achète des licences pour toute l'équipe, organise une présentation d'une heure, envoie un courriel enthousiaste. Le premier mois, tout le monde essaie. Le troisième, une poignée de personnes s'en sert encore. Au renouvellement, personne ne sait dire ce que l'outil a rapporté, et la question devient : faut-il continuer à payer ?

Les entreprises publient rarement ce genre de bilan. Les administrations, si. Trois d'entre elles ont mis en ligne l'évaluation complète de leur essai de Microsoft 365 Copilot, avec les chiffres d'usage. Leurs résultats valent pour n'importe quel outil d'IA et n'importe quelle PME, parce que les causes d'abandon n'ont rien de technique.

Ce que mesurent les essais qui ont publié leurs chiffres

Au Royaume-Uni, le ministère des Affaires et du Commerce a distribué 1 000 licences d'octobre à décembre 2024. Sur 63 jours ouvrés, chaque utilisateur a lancé en moyenne 1,14 action Copilot par jour. Environ deux tiers s'en servaient au moins une fois par semaine, 30 % au moins une fois par jour. Pourtant, 72 % des participants se disaient satisfaits. Le rapport conclut ne pas avoir trouvé de preuve solide que le temps gagné se traduise en productivité. Sur certaines tâches, l'outil a même dégradé le travail : les analyses de données dans Excel ont été plus lentes et moins justes que chez les non-utilisateurs, et les présentations PowerPoint plus rapides de sept minutes mais de moins bonne qualité.

En Australie, le Trésor a ouvert Copilot à 218 collaborateurs pendant 14 semaines, du 20 mai au 23 août 2024. Avant l'essai, trois quarts d'entre eux pensaient que l'outil les aiderait sur une partie de leurs tâches. Après, 38 % disaient que c'était le cas. 59 % estimaient qu'il les aidait sur 0 à 25 % de leur charge hebdomadaire. L'évaluation note que des attentes trop hautes au départ ont découragé une partie des participants, qui ont cessé de l'utiliser. Elle calcule aussi qu'un collaborateur de niveau intermédiaire n'avait besoin de réorienter qu'environ 13 minutes par semaine vers des tâches utiles pour que la licence soit rentable.

Le troisième essai, mené par l'agence australienne de transformation numérique dans l'ensemble de l'administration fédérale, portait sur 5 765 licences pendant six mois en 2024. Un tiers seulement des participants utilisaient Copilot chaque jour. Le rapport relève un lien entre la formation suivie et l'usage, et de meilleurs résultats quand la formation portait sur le contexte réel des agents plutôt que sur l'outil en général.

Du côté des entreprises, le même schéma

Les données d'entreprise disent la même chose, avec moins de détails. Zylo, éditeur de logiciel de gestion des abonnements, a analysé plus de 40 millions de licences pour son rapport publié en janvier 2026 : par rapport au taux d'utilisation recommandé, les organisations laissent en moyenne 36 % de leurs licences inutilisées. Le chiffre porte sur tous les logiciels en abonnement, pas seulement l'IA. Le même rapport observe que ChatGPT est devenu l'application la plus souvent payée en note de frais, et que les dépenses logicielles passées en notes de frais ont augmenté de 267 % en un an.

S&P Global Market Intelligence a interrogé plus de 1 000 entreprises en Amérique du Nord et en Europe. Dans son enquête publiée en mars 2025, 42 % disaient avoir abandonné la plupart de leurs initiatives d'IA, contre 17 % un an plus tôt. En moyenne, 46 % des preuves de concept étaient arrêtées avant la mise en production. Les raisons citées en premier : le coût, la confidentialité des données et la sécurité.

Reste un phénomène que les dirigeants voient moins : l'outil acheté entre en concurrence avec ceux que les salariés utilisent déjà. Recon Analytics a recueilli plus de 150 000 réponses aux États-Unis entre juillet 2025 et janvier 2026. Parmi les abonnés payants à un service d'IA, quand Copilot est le seul outil disponible au travail, 68 % s'en servent. Quand ChatGPT est aussi disponible, 18 % choisissent Copilot et 76 % ChatGPT.

Part des salariés qui choisissent Copilot au travail : 68 % quand c'est le seul outil disponible, 18 % quand ChatGPT est aussi disponible, 8 % quand ChatGPT et Gemini le sont aussi
Dès qu'un second outil est disponible, l'usage du premier s'effondre. Recon Analytics, AI Choice 2026.

L'étude porte sur une marque, mais la leçon est générale. L'explication la plus simple est l'habitude : un salarié qui a appris seul sur un outil ne change pas parce que l'entreprise en a acheté un autre. Il continue avec le sien, souvent sans règle sur les données qu'il y met.

Les cinq causes d'abandon, et comment les voir venir

Cause Le signe qui l'annonce Ce qui l'évite
Un achat sans tâche désignée On répond « pour tout le monde » à la question « pour quoi faire ? » Nommer un processus et les personnes qui le traitent avant d'acheter
Des attentes trop hautes La présentation interne parle de transformation, pas de minutes gagnées Annoncer un gain modeste et vérifiable, comme les 13 minutes par semaine du Trésor australien
La mauvaise tâche Les premiers essais portent sur des tableaux chiffrés ou des présentations Commencer par la rédaction et le résumé, là où les évaluations britannique et australienne situent les gains
Pas de temps pour apprendre La formation se résume à une démonstration d'une heure Former sur les dossiers réels de l'équipe, avec du temps dégagé dans l'agenda
Des outils en concurrence Des abonnements personnels apparaissent dans les notes de frais Choisir un outil, écrire une règle d'usage, retirer les doublons

Une sixième cause traverse les cinq autres : personne n'est chargé de regarder. Comme nous le montrions dans l'article sur le coût réel de l'IA pour vingt personnes, la personne référente est le poste qu'on est tenté d'économiser, et c'est celui sans lequel un projet s'arrête à l'essai.

Comment s'y prendre pour que l'outil serve encore dans six mois

  1. Commencer petit et désigné. Quelques sièges pour les personnes qui ont un processus précis à traiter, pas des sièges pour toute l'entreprise. Les trois processus qu'une PME automatise en premier sont un bon point de départ.
  2. Relever la mesure avant de commencer. Combien de temps prend aujourd'hui la tâche visée, combien de fois par semaine. Sans ce point de départ, aucun bilan n'est possible au renouvellement.
  3. Former sur les vrais dossiers. L'agence australienne l'a observé : plus de formation, plus d'usage, et davantage encore quand la formation part du travail réel. Une démonstration générique ne tient pas trois semaines.
  4. Dire ce que l'outil fait mal. L'essai britannique a mesuré une dégradation sur l'analyse de données. Prévenir l'équipe évite la déception qui fait tout abandonner après une mauvaise expérience.
  5. Regarder l'usage à 30, 60 et 90 jours. La plupart des offres entreprise fournissent un rapport d'usage par personne, par exemple dans le centre d'administration de Microsoft 365. Un siège inactif depuis un mois se réattribue ou se résilie.

À retenir. Les outils d'IA ne sont pas abandonnés parce qu'ils ne marchent pas. Ils le sont parce qu'on les a achetés sans tâche désignée, avec des attentes trop hautes, sans temps pour apprendre et sans personne pour suivre l'usage. Les essais publics qui ont mesuré ces effets le montrent : l'usage suit la formation, pas la licence.

La situation suisse n'a rien de différent. L'étude UBS publiée en mai 2026 montrait que six entreprises suisses sur dix utilisent l'IA, mais qu'une minorité seulement s'en sert méthodiquement, comme nous l'analysions dans notre article sur les entreprises suisses et l'IA. Un outil acheté sans méthode est simplement la forme la plus coûteuse de cet écart.

Ce que vous pouvez faire cette semaine

Ouvrez le rapport d'usage de l'outil d'IA que vous payez déjà. Comptez les sièges qui n'ont servi à rien depuis trente jours. Pour chacun, posez une seule question à la personne concernée : quelle tâche pensiez-vous lui confier ? Si elle a une réponse, c'est un besoin de formation. Si elle n'en a pas, c'est un siège à récupérer.

Puis regardez les notes de frais des six derniers mois. Un abonnement personnel à un outil d'IA remboursé par l'entreprise vous dit deux choses : quelqu'un s'en sert vraiment, et il le fait hors de toute règle sur les données. Ces personnes sont vos premiers relais. Parlez-leur avant de racheter quoi que ce soit.

Sources : Department for Business and Trade, évaluation de M365 Copilot, 2025 · The Register, chiffres d'usage de l'essai britannique, septembre 2025 · Australian Treasury et Australian Centre for Evaluation, évaluation de l'essai Copilot, février 2025 · Information Age, résultats de l'essai du Trésor australien, 2025 · Digital Transformation Agency, essai de Microsoft 365 Copilot dans l'administration australienne · iTnews, chiffres d'usage de l'essai de la DTA · Zylo, 2026 SaaS Management Index, janvier 2026 · S&P Global Market Intelligence, via CIO Dive, mars 2025 · Recon Analytics, AI Choice 2026, février 2026

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