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Actualité · étude UBS

Six entreprises suisses sur dix utilisent l'IA. Une minorité s'en sert méthodiquement.

UBS et Intervista ont interrogé environ 2 500 entreprises suisses en mai 2026. Six sur dix utilisent l'intelligence artificielle. Mais une minorité seulement l'a intégrée à ses processus, et c'est cet écart qui sépare désormais celles qui en tirent quelque chose des autres.

Publié le · 7 min de lecture
Une salle de réunion vide au crépuscule, un seul écran allumé

Le 19 mai 2026, UBS a publié avec l'institut Intervista une enquête menée auprès d'environ 2 500 entreprises suisses, représentatives de tous les secteurs, de toutes les régions et de toutes les tailles. Le chiffre retenu par la presse est spectaculaire : six entreprises sur dix utilisent aujourd'hui l'intelligence artificielle.

Le second chiffre l'est beaucoup moins, et c'est celui qui compte. Une minorité seulement l'a réellement intégrée à ses processus. « De nombreuses entreprises utilisent l'IA, mais peu le font de manière systématique », résume Alessandro Bee, économiste chez UBS. L'écart entre ces deux constats est le vrai sujet de cette rentrée.

Utiliser n'est pas intégrer

Une entreprise qui « utilise l'IA » peut vouloir dire deux choses très différentes. Dans le premier cas, trois personnes ont ouvert un compte sur un assistant conversationnel et s'en servent pour reformuler des courriels. Dans le second, un processus identifié a été redécoupé, une chaîne de traitement tourne toute seule, quelqu'un en est responsable et son gain est mesuré.

Les deux comptent pour un dans une enquête. Un seul change quelque chose au compte de résultat.

L'étude montre d'ailleurs que l'usage se répartit différemment selon la taille : les petites structures s'en servent d'abord pour analyser, les grandes pour automatiser des processus métier. Autrement dit, plus l'entreprise est grande, plus elle est passée du stade de l'essai à celui de la production.

Bénéfices attendus de l'IA par les entreprises suisses : gains de productivité 41 %, meilleure prise de décision 35 %, qualité 33 %
Les trois bénéfices les plus cités par les entreprises interrogées.

Ce que les dirigeants attendent réellement

Interrogés sur les effets constatés, 66 % des répondants estiment que l'IA allège la charge de travail de leurs collaborateurs. Seuls 10 % y voient un moyen de les remplacer. C'est un renversement par rapport au discours ambiant : dans la bouche des dirigeants suisses, l'IA est d'abord un outil de soulagement, pas de substitution.

Les projections d'emploi confirment cette lecture. Plus de la moitié des entreprises s'attendent à un effectif stable, 30 % à une baisse et 10 % à une hausse. Le solde est négatif, mais il est loin du bouleversement annoncé. UBS conclut d'ailleurs qu'en 2026, le marché du travail suisse sera davantage influencé par la conjoncture que par l'intelligence artificielle.

Le coût de rester au stade de l'essai

Une entreprise qui laisse chacun bricoler dans son coin paie trois fois.

Elle paie en abonnements dispersés, souscrits par des équipes qui s'ignorent, et que personne ne consolide. Elle paie en risque, parce que des données clients circulent dans des services grand public sans qu'aucune règle écrite ne dise ce qui a le droit de sortir de la maison. Et elle paie en occasions manquées, parce que le seul processus qui aurait vraiment rapporté n'a jamais été identifié : chacun a automatisé ce qui l'ennuyait, pas ce qui coûtait le plus cher à l'entreprise.

Ce troisième coût est le plus lourd et le plus invisible. Il n'apparaît sur aucune ligne comptable.

Par où l'on commence vraiment

Passer de l'essai à la production ne demande pas un budget, mais une méthode. Quatre étapes suffisent à cadrer un premier chantier sérieux.

  1. Choisir un seul processus, le plus coûteux. Pas le plus visible, pas le plus amusant. Celui dont vous pouvez chiffrer le temps passé chaque mois.
  2. Relever la mesure avant. Combien d'heures, combien d'erreurs, combien de jours de délai. Sans ce relevé, aucun gain ne sera démontrable dans six mois.
  3. Écrire la règle d'usage avant d'ouvrir l'outil. Une page suffit : quelles données ont le droit d'y aller, lesquelles n'y vont jamais, qui tranche en cas de doute.
  4. Nommer une personne responsable. Une chaîne sans propriétaire s'arrête au premier changement d'interface, et personne ne s'en aperçoit avant trois semaines.

À retenir. Le taux d'adoption n'est plus un indicateur utile : presque tout le monde a franchi la porte. La question qui distingue désormais les entreprises est celle de la profondeur. Combien de vos processus tournent avec de l'IA, mesurés, documentés, et confiés à quelqu'un ?

Les compétences qui vont manquer

Interrogées sur les cinq prochaines années, les entreprises suisses anticipent une hausse des besoins en compétences informatiques, en créativité, en capacité d'analyse, en compétences sociales et en encadrement. Elles attendent en revanche un recul des besoins en communication et en langues.

La liste est instructive. Ce que les dirigeants voient venir, ce n'est pas un besoin de techniciens supplémentaires, mais de personnes capables de cadrer un problème, d'arbitrer et d'entraîner les autres. Ces compétences-là ne s'achètent pas en même temps qu'un abonnement.

Ce que vous pouvez faire cette semaine

Prenez trente minutes et posez trois questions à votre équipe. Qui utilise déjà un outil d'IA, et pour quoi exactement. Quelles données y sont saisies. Et quel processus, dans votre entreprise, coûte le plus d'heures pour le moins de valeur ajoutée.

Les réponses vous donneront à la fois votre premier chantier et votre première règle d'usage. C'est exactement le point de départ que nous faisons travailler à nos participants lors de l'entretien de cadrage, avant même la première séance.

Sources : UBS Outlook Suisse, 19 mai 2026 · ICTjournal · SWI swissinfo.ch

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